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27 septembre 2011

Absolument dé-bor-dée!

Absolument_d__bor_d_e_557Absolument dé-bor-dée !
  Ou le paradoxe du fonctionnaire
Zoé Shepard
Points ( avril 2011)
1ère publication Albin Michel ( Mars 2010)

ISBN :978-2-7578-2258-6

Zoé Shepard, alias Aurélie Boullet n’a pas raté son coup !
Son petit  ouvrage humoristique n’a pas produit que des ronds dans l’eau…

Non mais, pouvait-elle sérieusement penser que ce déferlement d’humour caustique passerait inaperçu auprès de sa hiérarchie, que pas un (e)  de ses adorables collègues, tels l’Intrigante, Simplet ou Coconne ne saurait identifier les « hénaurmes médisances" qui alimentent le récit qu’elle a publié au printemps 2010 ?
D’abord, les fonctionnaires sont-ils payés pour faire de l’humour ?
Ensuite, les fonctionnaires sont tenus au devoir de réserve, et  un haut fonctionnaire qui plus est, doit comprendre que le mot réserve signifie discrétion et solidarité… Esprit de caste, en un mot.
Pour ces motifs,   Zoé Shepard a soufflé la  tempête , que dis-je, un véritable cyclone dans la sphère étatique et Aurélie Boullet a été punie. Il paraît qu’elle prépare un second ouvrage sur la suite de ses aventures administratives et promet de nous faire pouffer de rire à l’évocation des joies du Placard dans la vie professionnelle. Allons donc, Mademoiselle Boullet ne fera certainement pas de vieux os au sein de nos Institutions et je subodore que ses parents  regrettent  d’avoir investi leurs économies  en tant d’années d’études pour rien…

Je viens donc d’achever l’hilarant pamphlet  Absolument dé-bor-dée ! paru chez  Points  en Avril dernier : vous aurez deviné que je me suis bien amusée… En adoptant la présentation d’un journal de bord détaillé, Zoé Shepard expose par le menu les faits et gestes de sa vie professionnelle dans les bureaux supposés d’une Grande Marie à la Française. Le lecteur est en droit de rechercher et débusquer toutes les clefs de lecture qu’il voudra… La diariste semble surtout motivée par l’inanité, l’apathie, la dolence et même l’incompétence caractérisée des personnes qui occupent ces postes enviés.   Inutile de rapporter ici le détail de ces mésaventures, mieux vaut vous plonger dans ces trois cents pages délirantes. Car Zoé Shepard a le clavier caustique et la langue bien pendue. Au fil des pages, j’ai bien ri tandis qu’une partie de ma conscience déplorait le fond de l’affaire, qui donne motif à cette charge.

 Rire de soi, c’est salutaire.
Mais après cette belle tranche de raillerie, un brin de réflexion ne saurait nuire.
Bien sûr, il s’agit d’une charge, mais j’admets avoir trouvé la démonstration un peu longuette; les meilleures plaisanteries  ne seraient –elles pas celles qui nous laissent sur notre faim ?… La dernière partie du récit  m’a paru un peu lassante, même si certaines remarques provoquent toujours un sourire. En outre, l’argumentation de l’auteure tend à saper le Système par la raillerie du menu fait,   mais la manière  jette surtout l’opprobre sur les personnes, ce qui amenuise sensiblement le propos. De fait, la dénonciation du Système ( incompétence, abus de pouvoir, népotisme, corruption et gabegie de fonds publics…) devrait l'emporter sur les saillies anecdotiques.


La seconde de mes remarques concerne l’air du temps : le fond de l’affaire rejoint un tournant de nos problèmes sociaux. Attention au passage de l’exemple à la tentation de la généralisation.  Nos fonctionnaires, tous fainéants, incompétents, parasites inutiles ?  Qui ne s’est jamais heurté aux inepties de certains formulaires, aux files d’attente interminables dans les  préfectures, mairies, administrations diverses telles que SS, Allocations familiales… (complétez à votre aise la liste sans fin des vénérables bureaux de poste, Pôle-emploi,  voire même SNCF et son jumeau RATP,…) ? Qui n’a un jour éprouvé quelque ire irrépressible contre des agents de l’État (ou assimilés) ? Alors le discours de Zoé Shepard nous apporte une délicieuse vengeance qui assouvit nos frustrations contenues. 
 Cependant, sans remettre en cause les fondements de sa démarche, la dénonciation de l’incurie et de  la gabegie des fonds publics autant que de l’énergie humaine,  il  n’empêche que Zoé Shepard nous amuse au détriment de milliers de personnes qui se démènent pour accomplir sobrement leurs tâches. À  l’heure où est palpable la tentation d’exacerber par secteurs les Français les uns contre les autres, il appartient aux lecteurs de respecter le subtil distinguo qui permet de considérer les personnes avant leurs fonctions. Ce qui n’empêche nullement d’agréer la critique salutaire du fonctionnement  de notre société.



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Commentaires
O
Merci pour ce commentaire détaillé qui apporte plus que de l'eau au moulin de Zoé (et de Dalai-Lena)… Un témoignage lucide qui ne remontera pas le moral des troupes, mais effectivement, une fois le furoncle éclaté, il vaut mieux ouvrir le bubon pour le nettoyer. Seulement, en référence à cette démonstration , il n'y a pas d'issue possible. D'où l'humeur morose de la plupart de nos concitoyens et les nouvelles délétères colportées à l'envi par les médias*. En regard, je voudrais souligner la force d'âme de Zoé Shepard qui trouve la force d'en faire rire: Petit rappel qui n'a rien d'inutile, au siècle des Lumières, Voltaire a pris plus souvent qu'à son tour la poudre d'escampette pour fuir le Royal Courroux, et Beaumarchais lui-même, plus suave et diplomate que son aîné, s'est rompu à l'art de la compromission. Mais me direz-vous, à cette époque- là, l'idée de démocratie était un gros mot…<br /> Est-ce qu'on a beaucoup avancé?<br /> Oui, oui, je vous entends, ça, c'est facile.<br /> Il ne faudrait quand même pas oublier que le livre de Zoé Shepard a bel et bien été publié et peut être lu sans que son ouvrage passe sous le manteau. Il est même ré-édité chez "Points", à des tarifs accessibles ,et mine de rien la réflexion est d'importance. <br /> Reste la seule question qui vaille et à laquelle personne n'a apporté la réponse: Que faire pour "solutionner le problème"?<br /> <br /> * cf gouttesdo, article Urgences
E
Effectivement livre succulent. Pendant une quarantaine d’année j’ai côtoyé professionnellement des cadres de cette administration et y ai fait un très petit passage de « va qu’à terre » lors d’une période de transition où je passais de petit patron à un retour aux sources du néant. Tous les fonctionnaires de la Fonction Territoriale ne sont pas dans ces catégories décrites par Zoé Shépard. Toutefois on le sait tous, il suffit de 10% de Coconnes, Simplets et autres Intrigantes spécialistes dans l’art du pipotage pour nous assombrir le paysage. Là, effectivement elle nous a très bien traduit cette ambiance que nous connaissons plus ou moins, soit par ouï-dire, soit de l’intérieur, soit par la famille (qui n’a pas un membre proche dans une collectivité ?). Mais pour rester dans votre réflexion idéaliste, qui est aussi la nôtre je pense, car nous aimons tous l’utopie, il est bon de savoir que les Coconnes, les Simplets(es) et Intrigants(es) n’intéressent pas les syndicats : ce monde là est généralement syndiqué et parfois dans le syndicat majoritaire où l’on retrouve aussi les Cadres compétents toutes tendances politiques confondues. Nouvelle différence avec le privé, où à raison, vous dites que ces personnes ne peuvent pas se reproduire entre elles, ni s’épanouir indéfiniment. C’est donc ce que j’ai pu découvrir de ma petite expérience et de mon contact rapproché. Cela fait comprendre pourquoi ces personnes ont encore un avenir fleurissant dans ces lieux. On se demande d’ailleurs si dans la formation des Hauts Fonctionnaires ils n’ont pas un petit passage sur l’importance de se syndiquer pour étouffer dans l’œuf toute contestation. Il est important de donner au contribuable l’image d’un lieu de travail orchestré par les politiques, ou tout fonctionne à merveille. (En fait on le sait, tous les cadres se syndiquent surtout pour éviter de se voir coller des étiquettes « tendancieuses » quand une collectivité change de couleur politique.) Donc ensuite il devient difficile à des journalistes d’en parler car s’ils mènent une petite investigation, ils s’aperçoivent que c’est zone quasi interdite voire de non-droit car impossible à dénoncer. Il fallait donc ce premier livre pour mettre le doigt là ou cela fait mal. La dénonciation des tares Territoriales, ne fait pas de Zoé Shépard une accusatrice du système dans sa globalité ce que je n’ai absolument pas lu dans son livre. Pour faire « bouger les lignes » il faut peut-être commencer à en faire ressortir les excès. Ce qui explique peut-être le succès de ce livre humoristique qui fait partie des plus grosses ventes 2010 et 2011.
O
Merci pour ce témoignage qui qui donne à comprendre qu'outre les tares de fonctionnement déjà formulées, la peur règne dans les bureaux… Mais ce témoignage montre aussi que l'auteur du pamphlet n'est pas seule à dénoncer les dérives du système… Et si elle est nuisible à l'efficacité du service, une Cocone, toute Coconne qu'elle est, n'est pas forcément malveillante, alors qu'une "ALIX", un Simplet, une Intrigante font partie du Système d'Abus ( sans parler évidemment du Grand Chef)…s'appuyant sur des Coconnes qui ne leur mettront pas de bâtons dans les roues.En fait, ne pas croire que seule la fonction publique héberge de telles" Mafia". C'est le fléau partagé du Monde du Travail, où des petits chefs tyranniques persécutent partout des sous-fifres qui n'en peuvent mais… Ce qui est grave dans le cas de la fonction publique, c'est que l'incurie n'aboutira jamais à leur remise en cause, alors que dans les entreprises privées, et surtout dans les plus petites, la sanction du chiffre est rapide et définitive.<br /> Une chose quand même m'étonne: Aurélie Boullet paie cher sa rebellion. Combien êtes-vous à bouillir ainsi? N'y-a-til aucun journalistes, aucun syndicat à souhaiter approfondir l'affaire et pousser le scandale jusqu'au point où la seule solution serait une remise à plat générale du Système, vaste audit de la République?<br /> Bon d'accord, c'est jour d'Utopie ma Bonne Dame!<br /> Qui voudrait changer un système gagnant-gagnant pour ceux qui se sont tapi dans la toile d'araignée.<br /> Néanmoins, je ne retire pas ma remarque sur" les milliers de personnes qui se démènent…", la preuve, vous semblez en faire partie! Bon courage à vous et à tous ceux qui pensent comme vous…<br /> ( Dans ma jeunesse, j'ai eu à vivre une expérience de "placard". c'était dans le privé et ma solution a été de partir…)
D
Oui, en effet, je comprends que pour quelqu'un qui ne travaille pas dans la fonction publique, le propos semble un peu extrême. Pour quelqu'un qui y travaille en revanche...<br /> Je reconnais mes élus, mes chefs de services, et des "coconnes, j'en ai 3!!!<br /> Ce qui ressort le plus de ce récit, c'est l'absurdité totale de l'ensemble des fonctionnements: l'administration est censée faire avancer les projets, ce n'est hélas pas le cas... et ce n'est pas la paresse, le problème du fonctionnaire, c'est le découragement devant l'absurdité de l'ensemble, le gaspillage, le népotisme etc... et c'est aider les "milliers de personnes qui se démènent pour accomplir sobrement leurs tâches" que de dénoncer ces dysfonctionnements. La preuve: ça dérange tellement que certains se font sacquer et que je ne mets même pas mon vrai mail par peur de la répression!
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