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8 février 2010

Ida

                      Ida  de Irène Némirovsky          

               Voici en apparence, un petit livre, qui s’apparente très vite à la catégorie des GRANDES ŒUVRES. Je n’avais encore jamais eu l’occasion de découvrir cette grande dame des Lettres, malgré le récent  succès posthume de La Suite Française

 

Composée des deux nouvelles ayant chacune pour héroïne une femme  de milieux et de destins très différents, nous sommes d’entrée de jeux interpellés  par  le déterminisme  et la modernité de l’écriture. Cela pourrait aussi s’appeler « l’une combat et l’autre pas », mais le schéma est infiniment plus complexe et plus sensible. Pour ces récits achevés en 1932, combien de vies miroir se sont déroulées  depuis ? 

Mais l’extraordinaire  force du récit tient surtout à la technique de l’écriture. Je vous l’avoue, je suis subjuguée, tout simplement…

Il me reste tout Irène Némirovsky à découvrir…

 Que de plaisir et d’émotion à venir ! 

La première nouvelle, Ida, montre le combat d'une star sur le retour pour se maintenir en haut de l’affiche…Aux portes de ce qui pourrait être une retraite décente, Ida refuse d’ accepter les effets du temps déjà passé, bien qu'elle pressente le vertige de sa défaite. Au fil de ce bref récit,  nous suivons ses efforts désespérés  pour repousser l’échéance, sous peine d'ouvrir les vannes de ses regrets et de ses échecs. Car en fin de compte, cette vedette du music-hall, cette idole fragile redoute bien plus que la perte de sa notoriété…Se résoudra-t-elle à affronter un bilan affectif nettement moins rutilant que les paillettes des revues ?

 

La seconde nouvelle , intitulée la comédie bourgeoise, m'a davantage impressionnée, par sa technique littéraire autant que par son thème. Écrite ou du moins achevée en 1932, ce texte subtil est  construit comme une série de plans cinématographiques, reliés par  des transitions en fondu enchaîné :  une route, un paysage, une valse jouée au piano, permettent  de passer d'un tableau à l'autre, d'un âge à l'autre , d'un événement à l'autre sans rupture, sans chapitre, exactement comme coule une vie d'ennui, une vie offerte au  vécu quotidien  d'une famille bourgeoise, sans histoire, pourrait-on dire. Or justement, une histoire, un épisode véritablement romanesque,  l'héroïne aurait pu en vivre une, bien à elle, dans l'intimité et  l’exaltation enfin de son coeur et de sa chair. Mais la romance meut dans l'oeuf, pour cause de devoir de famille…et la vie se poursuit, sans plus d'accident que le regret de ce qui n'a pas été… Cette nouvelle est admirable, écrite d'une manière très dominée, une apparente objectivité. Mais cette distance  traduit justement toute la fatalité d'une vie déjà écrite avant même que de se laisser vivre. Lucide et presque cynique, ce destin de femme emprisonnée dans  le conformisme de sa famille comme dans une caste…

 

 

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